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4/4/2021
PÂQUES 2021
La vie à tout va, un texte signé Philippe Vauchel
''C'est bon que vous soyez là''. Ces quelques mots débutent un très beau texte écrit par Philippe Vauchel. Un texte lu, ce dimanche de Pâques, sur bien des places, devant des églises de notre diocèse. Pour en goûter la beauté, nous vous le proposons. Un texte à méditer.
Regardez la vidéo en cliquant ici.


« C'est bon que vous soyez là.
Maintenant nous allons pouvoir nous taire ensemble. »
C'est le compositeur Schumann qui disait cela à ceux venus l'écouter.

Alors, à vous toutes et vous tous présents aujourd'hui, oui, vraiment,
c'est bon que vous soyez là !
Que nous soyons là !
Oh bien-sûr, protégés par une certaine distance de rigueur, par nos désormais habituels ''gestes barrière''...

Et si ensemble... nous osions...
Si nous en profitions pour escalader hardiment la barrière de nos gestes ?
De nos gestes connus, de nos habitudes, de nos certitudes ?

Alors venez, approchez !
N'ayez pas peur !
Plus près... Encore plus près !
Écoutez !
Vous entendez ?
Comme elle bat, comme elle bat et bat encore... la Vie !
Écoutez donc comme elle pulse !
Dans les têtes, dans les cœurs, dans les corps...
Regardez là dans les regards... Elle est là, non ?

D'accord, aujourd'hui elle se cache un peu parfois, il arrive qu'elle se détourne un moment... mais croyez-moi, c'est de la pudeur ça... rien d'autre !
Sentez plutôt !
Sentez donc comme elle vibre !
Comme elle pousse envers et contre tout, dans les salons, dans les cuisines, dans les jardins, dans les écoles, dans les hôpitaux, dans les bois, dans les rues...
Ah, c'est sûr, par les temps qui courent, elle court un peu moins avec le temps...

Regardez !
Là voilà qui s'échappe de nos agendas, de nos horaires, de nos plannings...
Là voilà soudain qui prend du poids !
Encore et encore !
Voilà notre vie qui s'élargit en existence !
Aïe... elle vient nous cogner !
Elle nous bouscule, elle nous chamboule...
Nous bouleverse aussi.

Nous nous savions partis pour quelques tours gratuits sur son vertigineux manège...
Peut-être avions-nous oublié qu'il nous faudrait tôt ou tard descendre du manège...
Nous, petits maillons fragiles entre les morts et ceux à naître...

Quelle aventure que notre participation au monde !
Voilà que même nos aurevoirs à ceux qui participent au monde en même temps que nous sont eux aussi bousculés !
Nous plongeant dans une infinie tristesse.
Voilà que des tas de participants au monde en même temps que nous se retrouvent cabossés dans leurs corps, dans leurs têtes...

Pendant ce temps-là, notre monde, lui, se met à nous relier.
Les uns aux autres.
Vivement. Intimement.

Quelque soit notre pays, notre langue, notre couleur de peau, nous tombons pareillement malades, nous avons pareillement peur, et pareillement nous mourons...

« Y'a pas d'avance, on a beau faire, c'est comme ça » dirait l'une ou l'autre de nos voisines.
Combien même, au moment du péril, certains n'hésiteraient pas à raisonner en terme de fermeture, d'exclusion, de nations, de frontières... ils se retrouveraient quand même « Gros Jean comme devant » dirait l'un ou l'autre de nos voisins .
C'est peut-être ça être confiné.

Partir aux confins de nos maisons, notre grenier, notre cave...
Aux confins de nos jardins, là-bas tout au bout où l'on ne va jamais...
Et partir aux confins de notre vie... tout au bord, là où elle s'élargit en existence !
Là où elle nous relie intimement les uns aux autres, où elle nous relie à plus grand que nous !

Comment la petite parcelle de terre sur laquelle je vis est-elle reliée à plus grand que moi ?
A plus grand que moi par le haut : l'air, les nuages, les étoiles, la lune, le soleil, le cosmos, Dieu...
A plus grand que moi par le bas : la terre, ce qui y pousse, ses strates, ses morts, ses traces de participation au monde depuis la nuit des temps.
Et enfin, à plus grand que moi par le tout autour de moi, tous ces visages, ces regards rencontrés hier, aujourd'hui, demain...

Si vous accompagnez ces mots d'un geste de la main...
le haut, le bas, le tout autour...

Certains y verront le signe de la croix...
D'autres un simple signe d'humanité...

Mais peut-être tout simplement, un signe comme un signal...
Celui de perdre un peu de nos certitudes...
De ne plus attendre de réponses uniques et immédiates...
De ne plus seulement espérer que les choses aillent mieux mais surtout qu'elles aient un sens...
De constater humblement notre vraie appartenance à l'énigme et au mystère...
Et si tout cela devait se fêter, se célébrer, ensemble ?

Il y a un autre monde, il est dans celui-ci disait le poète Eluard...
Laissons la vie y pulser à tout va!
Laissons l'amour y entrer à tout va!
Et laissons le vent de Pâques y semer l'Espérance et la Fête de la Vie offerte.
Douce vie à vous.
C'est tellement bon que vous soyez là.
Maintenant nous allons pouvoir nous taire ensemble.
Philippe Vauchel

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