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Berthaire et Attalein, les deux saints ''secondaires'' de Florenville

Dans l’église néogothique de Florenville, accrochés aux murs de l’autel de saint Joseph, se trouvent les copies de deux statues des petits saints secondaires de la paroisse Berthaire et Attalein. Deux jolis vitraux de J. Probst, a l’arrière de l’autel de la chapelle illustrent l’ "Aventure de deux Aquitains en Franche-Comté". C’est ce titre que Germain Ninane, ancien doyen de Florenville, a choisi en 1966, pour raconter cette étonnante histoire a l’occasion du douzième centenaire du martyre des deux saints (1)…

Berthaire et Attalein, quels curieux prénoms ! Il faut dire qu’on est alors au Moyen-Âge. Au temps de Pépin le Bref (père de Charlemagne) et du pape Etienne ll, naissait en Aquitaine, Berthaire. Son nom vient du germanique berhaut, qui signifie illustre, et hari, armée. C’est un titre attribué jadis aux chefs de guerre des Goths. A l’opposé de cette étymologie, cet homme de bien devint prêtre et vécut a la cour du duc Waïfre, grand adversaire de Pépin le Bref. Il se rendit tristement célèbre par sa malhonnêteté et toutes sortes d’exactions. Berthaire avait un neveu, Attalein, qui devint son diacre. Fatigué de cette cour corrompue, il demanda à son duc la permission de se rendre a Rome avec lui. Après que Waïfre eut accordé cette faveur, ils partirent, accompagnés d’un âne.

C’était en 766 Leur périple les amena d’abord à Tours, au sépulcre de saint Martin, pèlerinage le plus populaire de la Gaule à cette époque. Puis à Orléans, ils visitèrent l’église Sainte-Croix, monument le plus ancien de la ville. Leur itinéraire les amena alors à Menoux-Saint-Remy, en Haute-Saône, où ils trouvèrent refuge pour la nuit chez un chevalier du nom de Servat, homme d’une scélératesse extrême. Celui-ci s’était attaché les services d’un valet du nom d’Agenulphe (en latin : celui à qui on ne peut se fier).

Le lendemain matin, croyant trouver de l’or et de précieux objets, les deux brigands poursuivirent les deux voyageurs et les décapitèrent. N’ayant trouvé qu’un missel, une bible et un ornement sacerdotal, ils prirent peur jetèrent les deux têtes dans la rivière voisine, La Lanterne.

Le même jour, un dimanche, un pêcheur lançant ses filets dans l’eau, y découvrit avec stupeur les deux têtes. Entretemps, des villageois avaient trouvé les corps. Une abbesse décida de faire transporter les dépouilles non loin, à Faverney, castrum important ou était situé son monastère. Lorsque les porteurs voulurent soulever les corps, ceux-ci restèrent figés au sol comme si une force divine s’opposait à la volonté humaine. En conséquence, Berthaire et Attalein furent inhumés sur place. À partir de ce jour, des miracles et des guérisons furent constatés. On construisit alors une chapelle en bois et la tombe de nos deux martyrs aquitains devint un lieu de pèlerinage. Comme souvent à ces endroits fréquentés, une grande foire fut même organisée régulièrement. Ensuite, voici une curiosité, la canonisation ne leur fut pas décernée par décret pontifical, mais par « équipollence », c’est-à-dire par la dévotion populaire. Ce culte antique pour ces deux saints reste très vivace dans cette région de Franche-Comté et aussi à Bleurville dans les Vosges. Les reliques de ces deux patrons secondaires, vénérées le 6 juillet, de même que les deux statues originales en chêne polychromées du XVe siècle, furent vraisemblablement apportées de Bourgogne par les ancêtres du comte Robert de la Marck, seigneur de Sedan. Elles ont depuis été confiées au Musée en Piconrue de Bastogne.

A Florenville, le 12ème centenaire de leur martyre se fit en collaboration avec les amis francs-comtois. Les 5, 6 et 7 juillet, un car de tourisme, le doyen Ninane en tête, emmenait des paroissiens à Bleurville, Faverney et menoux. Le 6 juillet, fête des deux saints, ils assistaient à la messe solennelle en I’église de Menoux. En 2002, a été créé le mouvement florenvillois: "Berthaire et Attalein".

On dit ceci à Florenville: "C’est le 6 juillet, ‘aux petits saints’, que l’on mange les premières patates."

Edouard Hizette

(1) G. Ninane, L’Aventure de deux petits Aqitains en Franche-Comté, Imprimerie Michel Frères, Virton, 1966.